I comme… Irish. Le père des Knickerbockers back
Au commencement des Knicks, en 1946, il y a une ville : New York bien sûr!
Une salle : le Madison Square Garden, facile!

Mais surtout un homme!

Notre homme, Ned Irish, sans qui les New York Knicks n’auraient pas vu le jour.Ou bien pas sous ce nom, pas dans cette salle, pas à cette époque…

Car si l’actuel propriétaire du Madison Square Garden et des New York Knicks (voir ici) a, c’est un comble malgré son impopularité, éclipsé tous les précédents propriétaires de la franchise, il convient de rendre à César ce qui appartient à César… ou plutôt à Ned ce qui appartient à Ned.

Ned Irish est pour l’état civil Américain connu sous le nom de Edward Simmons Irish. Il est né en 1905 à Lake George, au Nord d’Albany à 200 miles de Big Apple dans l’État de New York, d’un père loueur de bateaux et d’une mère infirmière.

Orphelin de son père qui les quitte à peine à l’âge de 3 ans, ils partent avec sa mère s’installer à Brooklyn New York. Très tôt Ned va se découvrir un sens aiguisé pour les affaires. Dès ses 10 ans il vend des sodas, livre les journaux, loue des bateaux.

Puis il va faire ses classes au lycée Erasmus Hall High School où en continuant ses affaires (qui lui rapportant dans les 100$ par semaine) il fait également ses premiers pas en matière de journaliste en couvrant les sports de high school pour le compte de journaux locaux.

En 1928 va sortir diplômé de University of Pennsylvania située à Philadelphie où il continu son rôle de journaliste en tant que correspondant pour 6 journaux de New York et 4 de Philly.

 

Diplôme en poche il travaille ensuite comme journaliste sportif pour le New York World-Telegram. Un journal créé en 1931, qui deviendra ensuite le New York World-Telegram and Sun avant de s’arrêter en 1966.

Mais au début des années 30 la scène sportive, même à New York, n’est pas encore ce qu’elle est aujourd’hui. Le sport pro concerne essentiellement les autres sports majeurs comme la NFL, la MLB et la NHL. Même si le basket-ball a été inventé en 1891 par James Naismith, la FIBA n’a pas encore été créée (1932), la discipline n’est pas encore Olympique (1936) et il faut encore attendre pour voir naître la NCAA (1936) ou la NBA (1946)… une autre époque assurément.

Pour compléter ses revenus en plus de son travail de journaliste sportif, notre jeune Ned intègre alors le service des relations publications de l’équipe de football des New York Giants. Une première expérience qui lui ouvrira les portes des bureaux d’informations de la puissante National Football League, ce qui s’avèrera très précieux pour lui dans la suite de son parcours.

Mais c’est bien ce jeu avec un gros ballon orange qui va changer à jamais sa destinée.

Alors qu’il couvre pour son journal les matchs universitaires locaux, la plupart du temps dans d’étroits gymnases et devant de petits publics de moins de 1000 personnes, la légende rapporte qu’il eu un déclic, une véritable révélation lors d’une rencontre. Une rencontre tellement populaire, dans un lieux tellement inadapté contenu de l’affluence de spectateurs qu’il dû se hisser dans l’enceinte du gymnase en passant par une fenêtre.

Une entrée acrobatique qui va d’autant plus le marquer qu’il confessa à plusieurs reprises avoir déchiré le pantalon de son plus beau costume pour cette rencontre. La légende de Ned Irish et du basket à New York s’écrie donc avec une histoire de pantalon.

Au travers de cet histoire il prend alors conscience de la réelle popularité de ce sport et de l’absence de lieux adapté à la hauteur des événements. “Anytime there was a big college game, you had to fight your way into the building. I realized that basketball had outgrown these gyms”

Pourtant à l’époque la situation aux États-Unis n’est pas des plus propice. Le monde est en effet en pleine dépression depuis le krach boursier de 1929 (le fameux jeudi noir) et la situation va durer jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Mais en 1934 il quitte son job au New York World-Telegram pour organiser des rencontre de basketball… au Madison Square Garden (celui alors situé entre la 49e et la 50e)

Voilà nous tenons maintenant notre homme, notre lieux mais toujours pas de trace des Knicks.
Patience. Nous ne sommes qu’en 1934 et la route est encore longue avant 1946 date de création de la franchise.

Car si Irish est à la fois travailleur et opportuniste, à 29 ans il n’est encore que “the Boy Promoter” comme il aimait se surnommer. La situation à New York lui ouvre toutefois les portes d’un Madison Square Garden la plus part du temps inutilisé à cette époque. Il peut alors y programmer des rencontres de basket universitaires sans même à avoir à faire d’avances, le montant des recettes devant au moins couvrir les coûts de location. C’est ainsi que notre homme a pu accompagner de façon spectaculaire le succès populaire des matchs de college basketball à New York. Disposant alors d’un lieux adapté à la dimension de la ville, le public continue de répondre présent. Et en nombre! Sa première date a lieux le 29 décembre 1934.

C’est donc grâce à Ned Irish que l’on doit le tout premier match de basket au Madison Square Garden. Rien que ça ça vous classe directement un homme dans la légende.

Et c’est pas moins de 16 000 spectateurs qui se déplacent pour assister à la double affiche New York University vs Notre Dame (victoire de NYU 25 à 18) & St. John’s vs Westminster College (victoire de Westminster 37 à 33). Au vu des scores, même en universitaire, oui nous sommes bien au tout début du basketball.

Une première date qui va en appeler beaucoup d’autres puisque les équipes du pays tout entier se bousculent alors pour être programmées et ainsi pouvoir jouer lors d’un doubleheaders.
C’est notamment de cette époque que provient l’appellation de “Mecca of Basketball”, les équipes universitaires effectuant alors leurs pèlerinages jusqu’à New York pour jouer au Garden.

Devant un tel succès notre gamin promoteur devient le directeur basket du Madison Square Garden.

Une influence grandissante dans le milieux basket au point où Irish va même jouer un rôle important dans la création du National Invitation Tournament (NIT) en 1938 par la Metropolitan Basketball Writers Association. Un tournoi de post-saison qui va dès 1939 rentrer en concurrence directe avec celui de la NCAA, créant ainsi de nombreux débats pour savoir lequel des deux champions était réellement la meilleure équipe universitaire de basket-ball du pays.

Si le NIT se joue toujours au Garden, face à l’importance du tournoi NCAA et le rachat du tournoi en 2005 (par la NCAA), le nombre de ses matchs qui y sont disputés a diminué, les rencontres des premiers tours se jouant dorénavant directement sur le campus des universités.

Avec les nombreux playgrounds présents aux quatre coins de la ville, le basket universitaire est indéniablement un des piliers de la culture basket de New York. Et Ned Irish en est à sa façon un des acteurs majeurs.
De 1942 à 1949 on estime à pas moins de 500 000 spectateurs venus au Garden pour du college basketball. On ne parle même pas de sport pro mais en 1946 c’est une moyenne de plus de 18 000 spectateurs qui sont présents par rencontre.

1946 nous y voici arrivé. La fameuse date de création de la NBA.

Ou plutôt de la Basketball Association of America (BAA) puisque ce n’est qu’en 1949 après la fusion avec la National Basketball League (NBL) que la ligue est renommée NBA. Donc en 1946, des propriétaires de salles se regroupent autour d’un avocat (et accessoirement président de la Ligue américaine de hockey, la LAH) répondant au doux nom de Maurice Podoloff. Oui il s’agit bien de celui qui a prêté son nom au trophée de MVP de la saison régulière.

Mais qui sont ces autres propriétaires? On parle ici de Walter Brown (Boston Celtics), Max Winter (Minneapolis Lakers), Ed Gottlieb (Philadelphia Warriors), Cliff Courtney (Indianapolis Olympians), Leo Ferris (Syracuse Nationals), Ben Kerner (Milwaukee Hawks), Les Harrison (Rochester Royals), Bob Elmer (Baltimore Bullets) & Fred Zollner (Fort Wayne Pistons)

Leur objectif ? Créer une ligue professionnelle de basket avec des joueurs encore amateurs ainsi que quelques noms connus du basket universitaire.

A vrai dire avant 1946 des ligues ont existé.
La National Basketball League ou NBL tout d’abord (de 1898 à 1904). La Eastern Basket Ball League ensuite (créée en 1909) puis la Metropolitan Basketball League (1921) et l’American Basketball League ou ABL (1925). Mais aucunes de ces ligues ne joue dans les grandes salles des grandes villes, limitant ainsi l’essor de ce sport encore jeune.C’est pourquoi des propriétaires de ces salles des grandes villes du Nord-Est et du Midwest des États-Unis veulent passer à la vitesse supérieure en se rassemblant au sein de leur propre ligue. Et même si c’est Washington, D.C. la capitale du pays depuis 1800, et non plus New York (qui l’était jusqu’en 1790), Big Apple reste la capitale économique et leur nouvelle ligue doit être présente à New York. Au vu le succès des rencontres disputées au Madison Square Garden, ils doivent aussi jouer dans cette salle de référence.
Oui mais voilà, le Monsieur basketball du Madison Square Garden, notre fameux Ned Irish, n’est pas du tout intéressé. Pour lui les rencontres de basket universitaires sont déjà suffisamment populaires à New York pour remplir la salle. Pour Irish, pas besoin de basket pro à New York!
Visionnaire et opportuniste pour l’organisation de rencontre de basketball au Madison Square Garden en 1934, la recette du succès trouvée il ne voit pas d’intérêt d’accueillir en plus les rencontres pro de cette nouvelle ligue. D’autant que la programmation du Garden est pleine et qu’il n’y a plus de date de disponible pour organiser plus d’événements.Impossible pour Maurice Podoloff et les autres propriétaires de faire l’impasse sur New York, face au refus d’Irish ils se tournent alors vers un autre, Max Kase. Un autre journaliste sportif pour le New York Journal-American qui comme Irish disposait d’une certaine influence et implication sur la scène basket New Yorkaise. Piqué au vif, et ne voulant sûrement pas laissé la part du gâteau à un autre, Irish change d’avis et revoit sa position.

Il est maintenant complètement favorable à l’idée de faire jouer une équipe pro dans “sa” salle. Mais il informe également les autres propriétaires qu’une clause spéciale régit le Madison Square Garden : les équipes professionnelles qui y jouent leurs matchs à domicile doivent être détenu par le Madison Square Garden.Il vient ainsi de donner son accord pour que cette nouvelle ligue puisse avoir une vitrine à New York et par la même occasion être propriétaire de la franchise de la ville. Une pierre deux coups, bien joué Ned!

Opportuniste disait-on. Visionnaire, il négocie également le fait que la billetterie de chaque rencontre reste à la main de chaque salle/franchise et ne soit pas une recette partagée au sein de la ligue. Un accord forcément à l’avantage des grosses salles/gros marchés qui favorise forcément son Madison Square Garden et une ville comme New York. Un accord toujours en vigueur plus de 70 ans après la création de la ligue.

C’est donc le 6 juin 1946, à l’hôtel Commodore de New York que la Basketball Association of America (BAA) est officiellement fondée avec Maurice Podoloff comme premier président.
Le nom de la franchise sera trouvée un peu plus tard, mais ça c’est une autre histoire qu’on vous détaillera aussi. Ned Irish lui devient le tout premier président (un poste qu’il occupera jusqu’en 1974) de la franchise de New York qui va jouer au Madison Square Garden.

Enfin jouer au Madison Square Garden, ça c’est lorsqu’ils auront la place pour. Car avec une salle victime de son succès, les Knicks se retrouvent régulièrement contraints de jouer leurs matchs à domicile au 69th Regiment Armory pour laisser la place au rencontres de basket universitaires si chers à Ned et aux matchs de hockey.

Un sentiment de désamour, de délaissement d’Irish pour “ses” Knicks qu’il considère comme “nothing but a tax write-off”. Imaginez un peu si l’actuel propriétaire tenait ce genre de propos…Il est vrai aussi que Ned Irish était plus réputé pour ses compétences de promoteur, d’organisateur d’événements que pour gérer une équipe de basket.

Il délègue donc assez rapidement et donne les responsabilités de la boutique Knicks à ceux qui l’entoure.

 C’est notamment à Irish qu’on doit la nomination de Joe Lapchick comme head coach (même si Neil Cohalan qui va tenir le rôle lors de la toute première saison). Un très bon choix alors que de débaucher le coach réputé de St John’s.

Il permet ensuite la draft de Harry Gallatin en 1948 (même s’il fut initialement drafté par les Baltimore Bullets en 1947 BAA) et la signature du premier joueur de basket Afroaméricain à évoluer en pro, Nat Clifton, après négociation avec les Harlem Globetrotters. Il est toutefois plus investi dans les dossiers de la ligue, militant fortement pour la fusion de la BAA avec la NBL et ainsi former l’actuelle NBA en 1949.

Si Irish reste distant vis-à-vis de ses Knicks, c’est il faut le reconnaitre un peu de la faute de la franchise qui lors des premières saisons, même avec juste 10 équipes dans la ligue, n’arrive pas vraiment à briller même avec Lapchick comme coach.

A partir des apparitions en finales 1951, il est alors prêt à célébrer comme il se doit un titre de champion (qui ne viendra pas tout de suite). Irish s’intéresse de nouveau un peu plus à la franchise et son implication sera même plus importante après le départ de Lapchick en 1956. Ce qui coïncidera aussi avec les années difficiles des Knicks (et oui déjà). Ce n’est qu’avec l’arrivée de Red Holzman comme head coach, et le retour d’une période plus victorieuse qu’il se mettra de nouveau plus en retrait.

En 1970 il trouvera là enfin l’occasion de fêter un titre Nba avec son équipe. 24 ans d’attente que ce fut long, mais comme on dit plus c’est long…

Mais bien avant ce premier titre Irish va se voir récompensé pour toutes ses années d’implication. En 1964 celui qui était surnommé “The Father of Big-Time Basketball” fut reconnu pour le rôle important qu’il eu dans le développement du basket en faisant son entrée au Basketball Hall of Fame de Springfield. 5 ans à peine après l’ouverture du panthéon du basketball Irish fut ainsi la première personne affiliée aux New York Knicks à y faire son entrée. Il faudra ensuite attendre Joe Lapchick en 1966 puis 1976 avec Tom Gola pour retrouver d’autres membre des Knicks à le rejoindre, Maurice Podoloff ne fera lui son entrée que en 1974, bien après avoir quitté son poste de commissioner en 1963.

C’est plusieurs années après sa retraite qu’il quitte notre monde en 1982 à l’âge de 76 ans et à la suite d’une crise cardiaque. Avec pour seul héritier son fils unique Edwards Simmons Irish Jr., mais finalement tellement plus avec ce qu’il pu accomplir aevc le NIT, la NBA, les New York Knicks, le Madison Square Garden…

Même si le caractère et l’attitude d’Irish était loin de faire l’unanimité, qu’il n’est pas non plus exempt de tout reproche dans la gestion de la franchise, abusant parfois de la position de New York au sein de la ligue pour obtenir des décisions à son avantage. Au même titre que David Stern (RIP) qui a énormément œuvré pour l’expansion de la Nba, il faut tout de même bien reconnaître l’ensemble de son œuvre pour le développement du basket à New York. Pendant plus de 40 ans il fut à la fois en charge du basketball pour le Madison Square Garden, président, vice président exécutif des Knicks et membre de la corporation’s board of directors.
Véritable figure fondatrice de la Nba et des New York Knicks si chers à nos cœurs son nom mérite d’être plus connu. Un nom définitivement à ranger à côté des James Naismith, Maurice Podoloff, Larry O’Brien, David Stern… et autres légendes qui dont l’héritage perdure encore aujourd’hui sur notre belle planète basket. Car il convient de toujours rendre à César ce qui appartient à César… à Ned ce qui appartient à Ned.

Et si vous voulez en apprendre d’avantage sur Ned Irish quelques articles pour aller plus loin :
Ned Irish, Father of Big Time Basketball par The Knicks Book
EDWARD S. (NED) IRISH, FOUNDER OF THE KNICKS par The New York Times
NIT history

I aussi comme : I back